Conférence de presse de Benoit Jacquot

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Le métier de journaliste-critique de cinéma, que du bonheur ! Mais pour y arriver, un accessoire s’avère vite indispensable : l’agenda. Sans ce dernier et sa mise à jour minutieuse, point de salut oserais-je dire. Et j’ai bien failli l’apprendre à mes dépens.

J’ai commencé la semaine du neuf mars, à 9h00, par la projection-presse d’ « Un homme idéal » dans un cinéma de la métropole lilloise. Dès le lendemain, c’est dans une autre salle obscure de la région, à 9h30, que je me plongeais dans « Journal d’une femme de chambre » – le film, pas le roman d’Octave Mirbeau. Pour l’instant, me direz-vous, il n’y a pas de quoi en faire un papier : deux jours, deux horaires, deux films, deux cinémas. Mais là où les productions cinématographiques ont décidé, il me semble, de corser les affaires, c’est en ajoutant d’autres variables comme la date, l’horaire et le lieu de la fameuse conférence de presse. Et les choses se compliquent encore quand plusieurs sorties ont lieu la même semaine.

Un instant Je m’explique. Le soir-même de la deuxième projection, j’étais à 17h45 à la conférence de presse du premier film, celui de la veille. Une broutille aujourd’hui avec nos agendas électroniques. Mais le souci n’est pas tant l’outil que son utilisateur. Je ne sais pas si c’est ma première avec Yann Gozlan et Pierre Niney ou l’idée de rencontrer Benoît Jacquot, celui que l’on présente comme l’un des réalisateurs français les plus doués, mais à deux erreurs près d’entrée sur mon agenda – la publicité n’est pas ici indispensable – la deuxième conférence de presse faillit m’échapper ce mercredi onze mars.

C’est à l’Hermitage Gantois où j’arrivai à 18h00 avec bonheur et finalement à l’heure. J’eus même le loisir de déambuler et découvrir ainsi les clichés des stars de cinéma. Le cadre choisi pour cette rencontre avec Benoit Jacquot est, pour moi, du même ordre que les éléments de décor d’un film. Il lui donne son épaisseur, il le situe dans une histoire, celle du cinéma.

Nous voilà confortablement installés dans la bibliothèque aux très hauts plafonds. La conférence de presse peut commencer. Si les lieux changent, l’ordre « établi » semble par contre immuable : chaque journaliste reprend ici sa place ; l’ordre de passage est lui-même conservé. Serait-ce par mimétisme de la mise en scène cinématographique ou est-ce le fruit du hasard ?

Comme pour s’en débarrasser, la référence aux deux précédentes adaptations majeures, celles de Jean Renoir et celle de Luis Buñuel, est posée d’emblée. Il s’agit de savoir si Benoit Jacquot a voulu éviter cet écueil. « Mon film,  ce n’est ni l’un, ni l’autre », répond-il non sans humour. J’ai envie d’ajouter : c’est le sien. Et peut-être parce que je pêche en culture cinématographique, les références récurrentes à d’autres réalisateurs me paraissent pesantes. On en viendrait presque à oublier la création-même, le film de 2015. Mais Benoit Jacquot n’est pas avare en paroles, sur son film, et en révélations sur  les dessous du cinéma. Si le choix des acteurs est en effet de sa compétence, devant tout de même composer avec les aléas – les allers-retours entre Léa Seydoux et Marion Cotillard dans le rôle de Célestine par exemple – il n‘en va pas de même pour la bande annonce et l’affiche. Mais là, j’oserais dire, ce sont trois créations autour d’un même projet qui s’affrontent.

Le clap final de la conférence fut long à venir, comme si l’épaisseur de l’œuvre et du réalisateur rendaient difficile l’au-revoir. Il est déjà 19h40. Je ne dois pas oublier de mettre à jour mon agenda électronique.

 

Sandrine Monseigny.