Coulisses de l’interview d’« Un homme idéal »

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Tout est orchestré pour ma première conférence de presse  ce mardi dix mars. C’est à Lille que j’ai rendez-vous avec Pierre Niney. J’entends déjà monter les murmures empreints de jalousie et pourtant je vous demande de faire preuve d’un peu d’empathie. Imaginez le flot de questionnements et de doutes qui m’ont submergée alors que j’allais à la rencontre de « l’homme idéal » … Je suis en avance à la Brasserie André, à deux pas de l’UGC Lille, mais très vite l’arrière-salle devenue scène de presse affiche complet. La table ronde nappée de blanc est dressée, les appareils photos et caméras sont prêts. Moi, je reste debout, hésitante, en arrière-plan.

Les invités d’honneur de ces « coulisses » du cinéma, Pierre Niney et le réalisateur Yann Gozlan, sont enfin là. L’attachée de presse devient réalisatrice, les journalistes acteurs de cette scène improvisée – quoique. Le tournage peut commencer. Le clap de fin est presque aussitôt donné par Pierre Niney qui, se levant de façon théâtrale, lance aux acteurs d’un jour un « merci – au revoir ». Non sans humour, il vient de donner le « la » de la représentation d’un soir : messieurs les journalistes, je tiens les rênes de la soirée.

Chacun a pris place. Est-ce le fruit du hasard ou chaque détail d’une conférence de presse est-il minutieusement anticipé ? Je n’ai pas de réponse. Toujours est-il que le décor et la disposition des protagonistes ne m’ont pas paru anodins. Je ne peux qu’émettre des hypothèses. Je vous le rappelle, c’est une première. Mais imaginez. Le jeu de miroirs, présent dans le film, est omniprésent ce soir-là. Plus de « faux-semblant ». Je suis là, debout, face à moi-même, observatrice de la première prise de ce tournage. Ai-je le droit d’en être actrice ou tous les rôles ont-ils été distribués, ne laissant qu’une place infime pour des figurants ? Je pressens par le passage du témoin entre les journalistes que la conférence de presse est déjà théâtralisée, laissant certes place à l’imprévu qu’est la réponse, mais moins aux p’tits nouveaux, qui de fait n’ont pas pris place à la tablée. Mais rien n’interdit de saisir sa chance, après tout.

Être sur ce plateau est un privilège. Je n’oublie pas que je suis là où d’autres ne sont pas. Je réalise que sous le halo de cette salle d’interview s’est joué bien plus qu’un jeu de questions-réponses. Les journalistes-critiques de cinéma ne sont-ils pas avant tout des passeurs d’émotions ?

Coupez ! C’est l’attachée de presse qui marque la fin de ma rencontre avec l’homme idéal. Je ne suis pas déçue de cette mise en abime. L’empathie que Yann Gozlan a soulignée à plusieurs reprises résonne encore. Mais il est temps de quitter mon rôle d’un soir. La scène Une est bouclée. Place à l’avant-première.

SANDRINE MONSEIGNY